L’Europe du Nord, championne de la compétitivité

Le Canada se retrouve au 15e rang du palmarès des économies les plus dynamiques au monde

Le Devoir

October 14th, 2004
By Desrosiers, Éric

Les pays d’Europe du Nord ont une fois de plus accaparé les premières places du palmarès des économies les plus compétitives au monde, selon le Forum économique mondial.

Censé refléter le potentiel de croissance de l’économie d’un pays au cours des cinq à huit prochaines années, le Rapport sur la compétitivité mondiale 2004-05, dévoilé hier à Genève, a couronné la Finlande pour une troisième fois en quatre ans alors que la Suède s’est classée au troisième rang, le Danemark au cinquième rang, la Norvège au sixième rang et l’Islande à la dixième place sur 104 pays en lice.
Jamais bien loin de la tête dans ce concours, les États-Unis ont pris le deuxième rang pour une deuxième année consécutive, les quatrième et septième places allant aux économies asiatiques ultraperformantes de Taïwan et Singapour.

Classé parmi les trois meilleurs en 2001, le Canada a depuis ce temps perdu des plumes, occupant cette année le quinzième rang, une place de mieux que l’an dernier, tout juste derrière l’Australie et devant les Émirats arabes unis.

Établi à partir de données statistiques mais surtout des résultats d’un sondage réalisé auprès de 8700 chefs d’entreprise de la planète, le classement annuel des organisateurs du fameux Forum de Davos porte une attention particulière à l’environnement macroéconomique des pays, à la qualité de leurs institutions publiques ainsi qu’à leur disposition à recourir aux nouvelles technologies. Les pays d’Europe du Nord «se caractérisent par une excellente gestion macroéconomique», a expliqué hier Augusto Lopez Claros, économiste en chef au Forum économique mondial. «Ils affichent tous des surplus budgétaires. Ils présentent des niveaux extrêmement bas de corruption avec des firmes évoluant dans un environnement juridique où on porte un grand respect aux contrats et aux règles de droit. Leurs secteurs privés sont aux avant-postes de l’innovation technologique.»

Quant aux États-Unis, on estime que «leur suprématie technologique est en partie écornée par le bilan en demi-teintes des institutions publiques» et de l’économie.

Le malaise canadien

Sixième en 1998 et même troisième en 2001, le Canada a par la suite entamé une lente descente vers la neuvième place en 2002 et la seizième en 2003 pour finalement atterrir en quinzième place cette année. «Pour sortir de ce malaise, nos gens d’affaires doivent développer des produits et des procédés originaux et chercher à se démarquer avec des produits et des services ayant plus de valeur ajoutée», a commenté Roger Martin, doyen de l’école Rotman d’administration de l’université de Toronto. En ce sens, les pouvoirs publics ont, selon lui, la double responsabilité d’exercer plus de pression sur les entreprises privées mais aussi de les aider à développer de nouvelles stratégies grâce aux instituts de recherche.

Le professeur Martin ne va pas sans faire remarquer que le récent scandale des commandites y est sans doute pour quelque chose dans «l’antipathie» qu’on observe à l’endroit des institutions publiques depuis l’an dernier, qui ne ferait que commencer à se résorber.

Le Canada n’est pas le seul pays à se faire épingler dans la version 2004 de ce classement réalisé pour la première fois en 1979 par le gourou américain des sciences de la gestion, Michael Porter, de l’université Harvard. L’Allemagne, arrivée treizième, s’est ainsi fait reprocher le manque de souplesse de son marché du travail. La France (27e) s’est fait dire qu’elle «ne pourra sortir de l’ornière qu’à la condition d’engager des réformes de grande envergure: meilleure gestion des ressources publiques [...], flexibilité du marché de l’emploi et simplification du régime fiscal».

Le «perpétuel déclin» de l’Italie (47e) a notamment été attribué aux «entraves à l’indépendance du corps judiciaire, au népotisme rampant dans le secteur public et aux coûts économiques du crime organisé».

En Asie, le Japon (neuvième rang) a eu le plaisir d’apprendre cette année qu’il gagnait deux places grâce au «redémarrage spectaculaire de son économie» après plus de dix ans de stagnation. La Chine a pour sa part reculé du 44e au 46e rang à cause de «fortes carences institutionnelles: problèmes de solvabilité du secteur bancaire, bureaucratie pléthorique et prolifération des contrôles administratifs».

De toute l’Amérique latine, seul le Chili (22e) a réussi à améliorer son sort en gagnant six places, les autres pays payant le prix de leur «instabilité politique», de leur «paralysie bureaucratique» et de leur «corruption endémique».

Championnes du continent africain, l’Afrique du Sud et la Tunisie n’ont quant à elles pu faire mieux que les 42e et 43e rangs.

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